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PATRICE CARON: PIS APRÈS ?

Patrice Caron: Pis après ?

13 novembre 2018, Edito de Patrice Caron, musiqueindependante.com

À travers le chaos causé par Trump, difficile de discerner ce qui se passe vraiment au sein des départements qui appliquent les lois et réglementations. Et comme beaucoup sont modifiées ou abrogées en 4eme par vitesse tant par son bureau que par la majorité républicaine des 2 chambres législatives, beaucoup de ces changements passent inaperçus ou presque, Trump étant particulièrement habile à faire diversion. La fidélité sans faille du parti envers l’ex-vedette de télé-réalité tient à cet aspect de cette présidence. Malgré le caractère unique de l’homme, jamais la droite américaine n’aurait pu espérer appliquer son programme de façon aussi spectaculaire, systématiquement, et sans opposition réelle. De façon objective, il livre la marchandise et c’est un gage qu’il sera probablement réélu en 2020 et que ses politiques s’arrimeront fermement pour les décennies à venir.

La dérèglementation du web décidée par son administration et la mise à jour du règlement sur les droits d’auteurs auront des impacts qui chambouleront encore les industries du disque et du film, qui s’étaient finalement résolu à jouer le jeu des Netflix et autres Spotify pour survivre et qui pourrait bien être entrainées par la déconfiture potentielle de ces services.

Adoptées de façon massive relativement récemment, les plateformes d’écoute en continu ont bâti leurs entreprises sur des coûts minimaux d’infrastructure et de contenus, dont les fameuses redevances tant décriées. Mais ce modèle d’affaire est mis à mal des 2 côtés de l’Atlantique, avec l’Union Européenne qui talonne notamment Google et Facebook pour le moment, et l’annonce récente de la mise-à-jour américaine à la loi du droit d’auteur, qui promet de majorer les redevances des ayants-droits, entre autres, un point majeur et persistent dans les récriminations envers les plateformes de streaming. Spotify, par exemple, qui déclare des déficits d’opération faramineux mois après dans des conditions qui pourtant la favorise, devra vraisemblablement refiler la facture à ses abonnés si elle veut survivre et c’est ce qui risque de causer sa perte.

Parce que le dollar « loisir » se fait de plus en plus rare et que si le coût d’un service augmente, par exemple le coût d’une connexion internet, un autre en subira les impacts. Surtout si cet autre service majore aussi ses tarifs. Et comme l’internet est nécessaire pour une plateforme comme Spotify, il y aura des abonnés qui devront faire des choix et ces plateformes deviendront moins attrayantes pour les fournisseurs de contenus parce qu’elles seront visité par moins de clients, avec des pertes de revenus conséquentes. La suite est prévisible. Une nouvelle offre sera développée, mieux adaptés aux réalités du marchés et aux attentes des créateurs ou distributeurs de contenus. Du moins on l’espère. Parce que le modèle actuel, même si il a permis à certains d’atteindre un audience qui justifie l’investissement, a forcé les industries qui produisent sa matière première à accepter des conditions qui à terme mettront en péril ces mêmes industries.

C’est particulièrement criant dans les marchés régionaux comme le Québec, qui sans le soutien des organismes gouvernementaux, n’existeraient probablement plus. Dépendant en majorité sur un marché de proximité et de la valeur identitaire de son offre, les plateformes de contenus ont brouillé les canaux habituels de communication et les répercussions sur le rayonnement de cette culture particulière se sont fait sentir sur l’écosystême qui a permis à celle-ci d’exister. Non seulement il y a moins de revenus mais la promesse d’un auditoire décuplé est rarement tenue. Mais faute d’alternative pour le moment, plusieurs préfèrent encore y croire que d’envisager la suite. Quitte à laisser aller des pans entiers d’une industrie dont les assises s’effritent au rythme de la fonte des glaciers.

Les impacts des nouvelles réglementations vont toucher autant l’industrie que les consommateurs. Ces derniers ne s’en rendront peut-être pas compte, leurs champs d’intérêts seront de plus en plus étroits et conditionnés par la culture de masse. Et à moins de faire partie de cette culture, il n’y aura peu ou pas de place pour la différence artisanale. Les industrie du vinyle, de l’édition et du spectacle vont peut-être s’en tirer un peu mieux mais seront quand même dépendantes elles aussi de la visibilité des artistes qu’elles présentent et on reviens ainsi à la source du problème.

Il ne reste qu’à attendre de voir comment la situation évoluera en espérant que ce sera pour le mieux. Ou d’agir immédiatement pour ne pas laisser encore quelqu’un d’autre décider de ce qui serait le mieux. L’avenir d’une culture riche et diversifiée en dépend.

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