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QUB Musique : la volonté de mieux rémunérer les artistes francophones

L’écoute en ligne ou « streaming » n’a pas été tendre pour les artistes francophones. Il est difficile pour eux de faire leur marque sur des plateformes qui encouragent massivement des musiciens anglophones où le bon placement est acheté par de grosses boîtes. On se souviendra de Drake qui était tellement partout sur Spotify lors de la sortie de son album Scorpion en 2018 que des utilisateurs avaient demandé des remboursements à la compagnie suédoise.

Comment rivaliser contre des machines aussi puissantes et en moyen que les trois grands majors ? Voilà le défi qui attend la plupart des artistes francophones. Le 4 mai dernier, l’empire médiatique Québecor lançait QUB Musique, son plus récent ajout à un portefeuille déjà bien garni. Dès le début, l’entreprise montréalaise a voulu être claire : il s’agit ici d’aider les artistes québécois qui sont laissés pour compte par les autres plateformes. Du moment qu’ils se tournent vers eux, pourquoi ne pas aussi faire une place aux Franco-Canadiens? Ce serait tout à fait logique.

Comment s’y prendront-ils? C’est ce que nous avons voulu mettre à jour avec Marc-André Laporte, le directeur marketing de NumeriQ. Mais avant de parler de Qub Musique, encore faut-il comprendre comment est divisé l’argent perçu par ce genre de plateforme.

Le modèle de rémunération de l’écoute en ligne

En mai dernier, Stuart Dredge publiait un excellent texte chez Music Ally pour parler de cette problématique. Les artistes ne sont pas rémunérés à l’écoute, mais plutôt en pourcentage de ce qui a été écouté. Les montants des abonnements sont mis dans un bassin et celui-ci est distribué en fonction de la part d’écoutes d’un artiste par rapport au tout. Ce qui fait qu’un Louis-Jean Cormier est nettement désavantagé versus The Weeknd ou encore Billie Eilish. Son poids dans le bassin d’écoutes est minime et donc son revenu l’est tout autant.

De plus, notons que la rémunération n’est pas la même si les usagers payent pour le service ou non. Utiliser Spotify gratuitement (avec les publicités) réduit les redevances données aux ayants droit radicalement. Grosso modo, en tant qu’amoureux de la musique, la moindre des choses est de s’abonner et de payer un montant mensuel.

QUB Musique, le sauveur ?

C’est possible. Ça ne veut pas dire que ça va arriver. Mais c’est possible que ça améliore grandement la situation des artistes québécois. Tout d’abord, il y a une question de visibilité. Pour Marc-André Laporte, directeur marketing de NumeriQ (une division de Québecor), la première action importante est celle de la mise en valeur : « Pour une fois, la chanson québécoise ne sera pas dans un coin classé musique du monde. On va la mettre de l’avant ! C’est pour ça qu’on travaille avec des gens qui ont une expertise dans plusieurs genres musicaux. On peut en faire une bonne playlist de jazz québécois. Je travaille beaucoup à promouvoir la plateforme, mais ce que je mets de l’avant ce n’est pas ça. Ce sont les artistes : ça part de Gab Bouchard et ça va jusqu’à Plume Latraverse. »

L’autre endroit où QUB Musique a un pouvoir est dans la création de listes de lecture. Celles à saveur thématique sont particulièrement populaires depuis deux ou trois ans. C’est possible soudainement de mélanger le québécois à l’international. Prenons l’exemple de la liste de lecture « folk estival ». On y retrouve The Lumineers, Fleet Foxes, Nick Drake et Bob Dylan. Par contre, on y entend aussi Les Sœurs Boulay, Alex Burger, Lisa Leblanc, Pomme et Les Revenants. Un équilibre existe entre les artistes « grand public » que des marginaux, la relève comme des artistes bien établis. Voilà certainement l’un des axes intéressants qui permettra de donner une plus grande place aux auteurs-compositeurs-interprètes d’ici sur la plateforme.

https://musique.qub.ca/liste-de-lecture/folk-estival-3771

Et qui dit meilleure vitrine, dis plus grand nombre d’écoutes et…

Trouver une façon de mieux distribuer l’argent

Parce que c’est possible. Tout d’abord, QUB Musique a choisi d’être exclusivement payant : « L’autre chose sur laquelle nous avions un pouvoir, c’est le prix mensuel. Netflix augmente une fois à l’année alors que Spotify n’a pas bougé depuis 12 ou 13 ans. Nous, nous avons décidé d’établir un prix de 11,99 $ par mois pour qu’un montant plus grand se rende dans le bassin de distribution aux ayants droit. » Pour montrer sa bonne foi, QUB Musique ne fera pas payer aux artistes le temps qu’ils offrent gratuitement la plateforme. Les redevances seront les mêmes que si les usagers payaient. Tout comme les redevances envoyées seront les mêmes pour ceux qui vont se prévaloir de l’option à rabais comme client de Vidéotron. Que l’usager débourse 4,99 $ au lieu de 11,99 $ par mois, les ayants droit n’en souffriront pas.

Par contre, pour que ça fonctionne, il faut que les usagers fassent des actions éclairées. Si tout le monde écoute que du top 40 sur la plateforme, les avancées seront minimales. D’un autre côté, si les mélomanes s’abonnent à Spotify pour écouter leur musique internationale et chez QUB Musique pour écouter la musique francophone, des gains seront faits. En séparant ainsi sa consommation, on donne une meilleure chance aux artistes d’ici.

Ne pas se limiter au Québec

Bien que dans le discours de QUB Musique, on parle surtout du Québec, les francophones à travers le pays peuvent aussi en bénéficier. L’important est de changer le bassin dans lequel on baigne pour tirer notre épingle du jeu. Le combat de Yann Perreau est le même que celui de Lisa Leblanc ou Anique Granger.

Est-ce que des liens restent à être établis entre les membres de la communauté franco-canadienne et Québecor ? Bien sûr. Est-ce qu’ils seront bien accueillis ? Le contraire me surprendrait. La solidarité est généralement de mise entre francophones. Pour être répertorié sur la plateforme, il suffit de trouver un distributeur de musique canadien qui s’assure du côté numérique. Parce qu’il n’est pas possible de soumettre individuellement. De toute façon, il en va de même pour toutes les autres organisations d’écoutes en ligne, à l’exception de Bandcamp qui ne rémunère pas pour l’écoute. Si faire affaire avec une grosse structure vous effraie, il y a toutes sortes d’options. Voici une liste assez complète des acteurs de ce côté en ce moment. Ensuite, il ne faut pas attendre que QUB Musique flash sur les artistes de chez vous. Contactez-les pour mettre de l’avant des créateurs que vous croyez pertinents, ceux qui mériteraient davantage d’attention !

Est-ce que cette nouvelle plateforme changera complètement la partie pour les artistes ? C’est difficile à dire maintenant, mais une chose est certaine : il est permis de rêver.

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